La parution cette semaine du livre enquête explosif Les Fossoyeurs, qui dénonce les pratiques du groupe privé Orpea au sein de maisons de retraite qu’il gère, a causé une onde de choc en France, suscitant de multiples réactions indignées.
Dans un entretien au Journal du dimanche du 30 janvier, Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHP) déclare souhaiter un encadrement « sérieux » des activités des groupes privés dans le secteur des Ehpad.
Dans Les Fossoyeurs, le journaliste indépendant Victor Castanet, décrit un système où les soins d’hygiène, la prise en charge médicale, voire les repas des résidents sont « rationnés » pour améliorer la rentabilité d’Orpea. Et ce, alors que les séjours sont facturés au prix fort.
« Aller chercher de l’argent en Bourse n’est pas une infraction. Mais la dépendance n’est pas un business comme les autres », avance le patron de la FHP qui réunit les établissements publics de santé (hôpitaux) et des structures médico-sociales (maisons de retraite), soit la quasi-totalité des établissements du secteur public.
« Je ne suis pas pour “tuer” le privé mais nous devons sérieusement encadrer ses activités. Et nous interroger sur le statut juridique de sociétés financées par de l’argent public et qui exercent des missions d’intérêt général », développe-t-il.
Des exonérations de charges sociales pour le secteur privé
Frédéric Valletoux prône l’imposition de « règles communes aux deux secteurs », public et privé lucratif. Les entreprises privées bénéficient d’exonérations de charges sociales, « mais pas nous », dit-il. « Qu’en fait le privé ? Je ne sais pas. Aujourd’hui, un Ehpad public a 1 000 euros de plus de reste à charge par résident et par mois qu’un Ehpad privé. A l’inverse, nous sommes plus contrôlés », ajoute-t-il.
Il n’est « pas favorable » à la nationalisation des acteurs privés du secteur, une opération qui coûterait « 15 milliards d’euros », selon lui. « Mais à partir du moment où ces groupes reçoivent des financements publics, ils doivent être soumis à des règles classiques de transparence et de qualité ».
Les dirigeants d’Orpea, dont le cours en bourse a chuté après la parution du livre, contestent les faits relatés dans le livre de Victor Castanet, les qualifiant d’accusations « mensongères, outrageantes et préjudiciables ». Le directeur général Jean-Christophe Romersi est convoqué mardi matin chez la ministre déléguée chargée de l’autonomie des personnes âgées, Brigitte Bourguignon, pour « répondre » aux « accusations graves » concernant les pratiques du groupe.